Le travail c’est la santé

Rien faire c’est la conserver, poursuivait Henri Salvador ; les prisonniers du boulot n’font pas de vieux os… Travailler, c’est vivre et je veux vivre, avait dit Charlot, avant cela ! C’est à n’y rien comprendre ! Faut-il vivre pour travailler ou travailler pour vivre ? On sait l’importance de la rémunération et, par conséquent, on n’a pas toujours le choix même si l’on peut l’infléchir !

Le travail a souvent été synonyme de survie : l’avoir en est la base. Très vite, on doit parfaire ses tâches et c’est le faire qui, alors, domine. Mais, avec celui-là, la dépendance s’impose et crée le non-être dans la mesure où l’on devient esclave, à l’image du trepalium, trois pieux qui étaient disposés pour étirer la bête… et l’origine étymologique de notre vaillant travail !!!

On prend sa caisse pour aller dans sa boîte y trouver son turbin, de quoi tourner en rond (la turbine) dans une série de prisons successives ! Indépendance, autonomie, liberté, pourtant, sont la série d’évolutions qui permettent, par l’activité rémunérée de sortir du nid familial. Le travail comme bagne vient contrecarrer cet effort et établir une toute nouvelle dépendance.

Rémunération, reconnaissance, élévation, l’homme est souvent réduit au premier mais est en quête des deux autres. Alors, pourquoi parler de dignité (mérite, estime, considération) si le seul pécule (peculium «petit bien amassé par l’esclave») vient récompenser la tâche mais ne permet en rien de valoriser la personne humaine qui l’a réalisé. Envie, en-vie, où es-tu ?

Le rapport au travail s’est transformé au cours des siècles, de l’agriculture, à l’industrie, aux services et à l’information, les quatre grandes évolutions économiques. Mais que nous reste-t-il si ce n’est ce rapport soucieux (solus-cieo : s’exciter soi-même) à la peur du manque. Et qu’est-ce que le manque, à l’ère de l’assistance à tout va, si ce n’est peur de la providence !

Si l’on se plonge dans la philosophie des grands patrons, l’on passe d’Henry Ford qui affirme que le capital (donc le travail) n’est qu’amélioration de la vie. Et Charlot de reprendre : ‘C’est dans le travail que l’on retrouve le sens de l’orientation. Tout le reste n’est que chimères.’ On voit tellement l’image qu’il a laissé de la chaîne : sa danse dans les rouages mécaniques…

Aïe… le travail se termine par ce suffixe, écrit -ail, qui désigne, d’un côté, l’outil et, de l’autre, le collectif. C’est dans cette dimension que l’on retrouve de l’humanité dans cette occupation car elle nous apporte le contact au quotidien. On peut s’enfermer dans son « chez soi » mais le fait même d’aller à son travail permet de ne pas se sentir seul, isolé, faussement ‘libéré’.

Le travail, c’est recherche et création, si l’on veut bien transformer la cadence effrénée des routines quotidiennes en tâches participant d’une entreprise, action d’un ouvrage qui donne du sens à sa vie, coordination de production qui développe notre humanité. N’est-ce pas là que l’état d’esprit va jouer de son rôle majeur pour permettre de lever la tête et en être fier ?

Le travail est, de ce fait, ce que l’on veut bien en faire… Commençons tout d’abord par tout modifier du vocabulaire de tous les jours : mon travail n’est contraint que dans la mesure où je lui refuse mon choix personnel, mon engagement peut devenir responsabilité si je sais lui donner de mon enthousiasme et l’œuvre qui m’a été confiée est alors un défi qui me réjouit.

Alors, que penser du revenu de base inconditionnel, appelé parfois revenu universel et qui a démarré dans une dizaine de pays : donner une allocation à chacun pour vivre. Le riche peut travailler plus pour gagner plus, le pauvre se dévouer à sa sur-vie et, entre deux, l’homme a enfin le choix de se dévouer à ce qui lui rend sa dignité selon son choix et ses compétences.

2 pensées sur “Le travail c’est la santé

  • 2 septembre 2017 à 22 h 06 min
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    Une très grande réflexion qui n’a toujours pas eu lieux est: être « bien » dans son travail est il dû à ses capacités ou un management humain ? Le mal-être , les capacités étant toujours là , n’est-il pas dû a un management inhumain de petits chefs, dit « management à la schlag » ? A l’étranger dans les quelque pays ou je me suis posé même momentanément , j’ai trouvé beaucoup d’humain. Par contre, en France, le « management à la schlag » est majoritaire… Les ouvriers hyper sur-qualifiés qui ne font que les nuits, même à un âge très avancé pour la pénibilité des horaires, me disent être heureux car justement ils sont « libres ».
    Bien à vous
    Nicolas

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    • 4 septembre 2017 à 6 h 06 min
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      Oui, tout cela peut être vrai mais, avec le temps, le manager comprend que manager, c’est évoluer ensemble avec son collaborateur (voir la vidéo « manager »). De plus, le stress étant devenu de plus en plus commun est aussi devenu de plus en plus connu et l’on sait désormais qu’un manager peut combattre celui de son collaborateur en lui donnant plus de reconnaissance, plus d’imputabilité (responsabilité de ses actes) et… plus d’autonomie! D’où l’impression du travailleur de nuit, tranquille dans son shift, à qui l’on a totalement fait confiance.
      Merci d’avoir commenté!
      Martin

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